Contexte Général
L’année 2005 devait être une année positive pour Haïti. En effet :
- Les bailleurs de fonds internationaux avaient promis le 22 juillet 2004 un financement additionnel d’un montant de 1.1 milliard de dollars américains, en vue de l’adoption du « Cadre de Coopération Intérimaire » (CCI).
- La présence de forces étrangères et l’accroissement progressif de l’efficacité de la Police Nationale d’Haïti (PNH) devaient contribuer à l’amélioration du climat social et de celui des affaires, ainsi qu’à la relance économique.
A l’opposé de ces attentes, l’année 2005 a été davantage marquée par l’insécurité que l’année antérieure. Pendant près de dix mois, la fameuse « Opération Bagdad », déclenchée le 30 septembre 2004 par les gangs armés se réclamant du pouvoir déchu, a frappé le pays de plein fouet. Ces criminels ont provoqué la mort de plusieurs centaines d’innocents (dont près de 100 officiers de police), un nombre impressionnant de kidnappings au sein de toutes les couches sociales, l’incendie de plusieurs marchés publics à forte concentration populaire, des actes innombrables de vols, de viols et de pillages, l’exode important d’une partie de la population de Port-au-Prince vers la province et le départ de nombreux professionnels et hommes d’affaires vers l’étranger. Cette vague de banditisme a également été à l’origine de nombreux arrêts de travail préjudiciables aux centaines de milliers de micro-entreprises, qui constituent plus de 70% de la population active du pays.
Sur le plan économique, 2005 a été une année de forts contrastes. D’un côté, l’insécurité, l’incertitude et les entraves au fonctionnement normal des affaires ont découragé toute velléité d’investissement privé. De l’autre, la forte croissance des entrées de devises (27%) est venue, fort heureusement, alimenter de manière conjoncturelle la demande de biens et services ainsi que le crédit bancaire, en hausse de plus de 20% par rapport à l’année précédente. Ces entrées de devises ont résulté principalement de la reprise de l’aide internationale (triplement des dons externes) et de la croissance de 14% des exportations, incluant celle de 21% des exportations de services tributaires de l’impact positif des dépenses de la MINUSTAH sur le secteur touristique.
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Conséquence inéluctable du manque de relance et d’investissement, le PIB réel a enregistré toutefois, d’après les estimations officielles, une progression plutôt anémique de 1.5% en termes réels, reflétant essentiellement le bon comportement du secteur des services et celui des exportations.
Sur le plan monétaire, la reprise du commerce et, subséquemment, de la demande de crédit, combinée au relâchement monétaire de la Banque Centrale (maintien d’excès de liquidités oisives non-rémunérées au niveau des banques commerciales et baisse des taux d’intérêt directeurs), ont finalement conduit, au cours du dernier trimestre de l’exercice, à une légère dépréciation de la gourde et à un changement drastique de position de la Banque Centrale. Cependant, sur l’ensemble de l’année, la politique menée par les autorités monétaires a été impuissante à corriger les effets pervers de la forte appréciation monétaire observée en 2004 (notamment une redistribution importante de revenus favorisant le commerce d’alimentation au détriment des autres segments de l’activité économique). Cette politique monétaire a toutefois eu pour conséquence positive une nette chute de l’inflation, ramenée à un taux moyen de 17% (contre 28% l’année précédente).
Pour sa part, le secteur bancaire a continué à souffrir des effets combinés de l’insécurité, de l’absence de reprise économique et des politiques monétaires suivies par la BRH. Ces conditions ont entraîné la poursuite de la chute de rentabilité du système bancaire. En effet, le profit consolidé du système est passé de 434 millions (année 2004) à seulement 114 millions de gourdes (soit une réduction de plus de 73%). Il faut rappeler que les profits enregistrés sur l’exercice 2004 avaient déjà été réduits de moitié par rapport à l’exercice antérieur. |